Ebola progresse en RDC sous la forme la plus difficile à combattre

La République démocratique du Congo fait face à une nouvelle flambée d’Ebola qui s’étend rapidement dans l’est du pays. Particularité inquiétante : l’épidémie est causée par la souche Bundibugyo, contre laquelle aucun vaccin ni traitement spécifique homologué n’existent aujourd’hui.

L’épidémie d’Ebola qui frappe l’est de la République démocratique du Congo (RDC) continue de gagner du terrain. Moins d’un mois après sa déclaration officielle, le nombre de cas confirmés a dépassé les 670, avec plus de 130 décès recensés. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) considère désormais le risque comme « très élevé » pour la RDC et « élevé » pour les pays voisins.

Une souche rare pour laquelle il n’existe pas encore de vaccin

La maladie à virus Ebola est une fièvre hémorragique virale provoquée par plusieurs espèces du genre Ebolavirus. Lors des grandes épidémies récentes en Afrique de l’Ouest ou dans l’est de la RDC, les autorités sanitaires ont pu s’appuyer sur des vaccins développés contre l’espèce Zaïre, la plus fréquente et la plus meurtrière. Cette fois, la situation est différente.

L’épidémie actuelle est causée par le virus Bundibugyo, une espèce plus rare identifiée pour la première fois en 2007 en Ouganda. Or aucun vaccin homologué ni traitement spécifique n’est aujourd’hui disponible contre cette souche. Des candidats vaccins et plusieurs approches thérapeutiques sont en cours d’évaluation, mais ils restent expérimentaux.

L’épidémie a été déclarée le 15 mai 2026 par les autorités congolaises et ougandaises. Quelques jours plus tard, l’OMS a estimé que la situation constituait une urgence de santé publique de portée internationale, son niveau d’alerte maximal.

Au 10 juin, la RDC comptabilisait 676 cas confirmés et 136 décès. Les provinces d’Ituri, du Nord-Kivu et du Sud-Kivu sont touchées, même si l’Ituri concentre encore plus de 90 % des infections. L’épidémie s’est également propagée en Ouganda, où plusieurs cas confirmés ont été enregistrés.

Conflits armés, déplacements de population et méfiance compliquent la riposte

Comme lors des précédentes flambées d’Ebola dans l’est de la RDC, le virus se propage dans un contexte particulièrement difficile. Les zones touchées sont marquées par l’insécurité chronique, les déplacements massifs de population et une forte mobilité transfrontalière liée au commerce et à l’exploitation minière. Ces facteurs compliquent l’identification des cas, le suivi des contacts et l’isolement des malades.

Les autorités sanitaires surveillent plusieurs milliers de personnes identifiées comme contacts à risque. Dans certaines régions, les équipes médicales peinent encore à atteindre l’ensemble des personnes concernées. Des incidents de sécurité visant des structures de santé ont également perturbé les opérations de surveillance.

La situation s’est encore compliquée avec l’apparition de cas dans un camp de déplacés internes de l’est du pays. Les organisations humanitaires craignent que la promiscuité, le manque d’infrastructures sanitaires et la défiance envers les autorités favorisent une transmission plus rapide du virus. Certaines familles continuent notamment d’organiser des enterrements clandestins, un facteur connu de diffusion d’Ebola.

Autre difficulté inattendue : les laboratoires chargés du diagnostic ont connu des ruptures de réactifs, interrompant temporairement les analyses dans plusieurs villes de l’est du pays. Les spécialistes rappellent également que les premiers tests utilisés au début de l’épidémie détectaient moins efficacement cette souche inhabituelle, ce qui a probablement retardé l’identification de certains cas.

Face à cette progression rapide, l’OMS, les Centres africains de contrôle des maladies et plusieurs partenaires internationaux ont lancé un vaste plan de réponse. Des financements supplémentaires ont également été annoncés pour accélérer le développement de vaccins et de traitements contre le virus Bundibugyo.

Pour l’heure, les autorités sanitaires espèrent reproduire ce qui a permis de stopper les précédentes épidémies d’Ebola : un diagnostic rapide, un suivi rigoureux des contacts et surtout l’adhésion des communautés locales. Car même à l’ère des biotechnologies, Ebola reste un virus qui se combat autant sur le terrain social que dans les laboratoires.

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