Les dents des dinosaures livrent un nouveau secret sur le climat du Mésozoïque

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publié le 12/08/2025

Et si les dents des dinosaures étaient aussi de précieuses archives climatiques ? Une équipe internationale de chercheurs vient de montrer qu’elles peuvent révéler la composition de l’atmosphère et l’activité végétale à l’époque où ces géants régnaient sur Terre. Leur étude, publiée dans la revue PNAS, révèle que le dioxyde de carbone (CO₂) était bien plus élevé qu’aujourd’hui, et que la productivité des plantes était deux fois supérieure à celle que l’on observe actuellement.

Une méthode inédite basée sur trois isotopes de l’oxygène

Les chercheurs des universités de Göttingen, Mayence et Bochum ont analysé l’émail dentaire fossile de dinosaures trouvés en Amérique du Nord, en Afrique et en Europe, datés du Jurassique supérieur (il y a environ 150 millions d’années) et du Crétacé supérieur (73 à 66 millions d’années). L’émail, matériau biologique très résistant, conserve la signature chimique de l’oxygène inhalé par l’animal.


En mesurant les proportions des trois isotopes naturels de l’oxygène présents dans cet émail, l’équipe a pu relier ces données aux niveaux de CO₂ et à l’activité photosynthétique des plantes. « Notre méthode nous donne un regard entièrement neuf sur le passé de la Terre », explique Dingsu Feng (Université de Göttingen). « Les dents fossiles nous permettent d’étudier la composition de l’atmosphère et la productivité végétale de l’époque. C’est essentiel pour comprendre la dynamique climatique à long terme. »

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Squelette d’un Tyrannosaurus rex découvert au Murray Ranch, Montana, États-Unis (© Naturalis Biodiversity Center)

Des pics de CO₂ liés aux éruptions volcaniques

Les résultats montrent qu’au Jurassique supérieur, l’atmosphère contenait environ quatre fois plus de CO₂ qu’avant l’ère industrielle, et encore trois fois plus au Crétacé supérieur. Certaines dents de Tyrannosaurus rex et de Kaatedocus siberi présentent des combinaisons inhabituelles d’isotopes, signe probable de pics de CO₂ provoqués par un volcanisme intense, comme celui des trapps du Deccan (Inde) à la fin du Crétacé.
Cette abondance de CO₂ aurait dopé la productivité végétale mondiale, favorisant des écosystèmes riches et dynamiques. « Les informations sur la production primaire globale nous donnent un aperçu inédit des réseaux alimentaires marins et terrestres », souligne Eva M. Griebeler (Université de Mayence).

Un nouvel outil pour les paléoclimatologues

Jusqu’ici, les reconstructions climatiques reposaient surtout sur des données marines (proxies océaniques) ou des carbonates terrestres, avec une marge d’incertitude importante. Cette approche centrée sur les vertébrés terrestres ouvre donc une nouvelle voie. « Elle permet aussi de mieux comprendre la physiologie et la paléobiologie des dinosaures, et pourrait s’appliquer à d’autres vertébrés fossiles », précise Thomas Tütken (Université de Mayence).

En d’autres termes, les dinosaures ne se contentent plus de raconter leur propre histoire : ils deviennent aussi témoins et analystes du climat de leur temps.

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