40 secondes de vie d’un dino décryptées

C’est exactement ce que vient de faire une équipe de chercheurs grâce à une modélisation numérique d’une piste fossile exceptionnelle trouvée en Chine.

Cette piste, surnommée Phoenix Trackway, est un enchaînement de 80 empreintes de pas laissées par un dinosaure carnivore bipède il y a environ 120 millions d’années, au Crétacé inférieur. Elle s’étire sur 70 mètres dans la province du Sichuan. Et jusqu’ici, elle était peu étudiée dans son ensemble, comme beaucoup de longues pistes fossiles difficiles à documenter sur le terrain. Mais grâce à la photogrammétrie et aux outils numériques, tout change.

Le dinosaure marche… et on le suit à la trace

C’est Anthony Romilio, paléontologue à l’Université du Queensland, qui a dirigé cette reconstitution. À partir des mesures précises des empreintes, lui et son équipe ont pu recréer les mouvements de l’animal, pas après pas. Le résultat ? Une séquence animée de 40 secondes qui montre le dinosaure marcher à bonne allure (5,3 km/h), accélérer brièvement à un petit trot, puis revenir à sa vitesse initiale.

Pas de zigzags, pas d’hésitation : il allait tout droit, d’un pas décidé. Pas en train de fuir, ni de chasser à toute allure, mais clairement en mouvement vers quelque chose. Cette trajectoire rectiligne, associée à un rythme soutenu, suggère un comportement orienté, pas une simple errance.

À quoi ressemblait ce dinosaure ?

Il n’a pas laissé son squelette, mais ses traces permettent d’en savoir beaucoup : il mesurait environ 1,13 m à la hanche, pesait près de 300 kilos, et ressemblait probablement à un Yutyrannus, un théropode à plumes connu du nord-est de la Chine. C’est d’ailleurs ce parallèle qui donne une idée de son allure générale, même si on ne peut pas l’identifier avec certitude.

Autre détail amusant : les habitants du coin pensaient autrefois que ces empreintes avaient été laissées par un oiseau mythique, le phénix. D’où le nom de la piste.

Des empreintes qui parlent

Ce travail montre une nouvelle fois l’intérêt des ichnofossiles, ces fossiles de comportement que sont les pistes, les terriers, ou les traces de repas. “Les os ne bougent plus, mais les empreintes racontent encore ce qui s’est passé”, résume Anthony Romilio. Et quand on a la chance de tomber sur une séquence aussi longue et bien conservée, on peut presque “voir” l’animal en mouvement.

La modélisation permet non seulement de préserver ces sites parfois menacés, mais aussi de les étudier plus facilement et de les partager.

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