Maiasaura : le dinosaure qui dorlotait ses bébés pendant 75 jours

dino

Publié le 4/08/2026

Les paléontologues l’appellent depuis longtemps le « bon parent ». Mais cette fois, Maiasaura peeblesorum tient enfin la preuve scientifique de ses soins parentaux : ses bébés restaient dans le nid pendant plus de deux mois, incapables de survivre sans aide.

L’intérieur des os révèle le rythme de vie des nouveau-nés

L’idée de parentalité chez les dinosaures n’est pas nouvelle. Depuis la découverte en 1979 d’un nid contenant 11 jeunes Maiasaura morts ensemble, les paléontologues soupçonnent que cette espèce prenait soin de ses petits, au moins dans les premiers temps de leur vie. Mais comment aller plus loin que ces indices circonstanciels et mesurer concrètement leur degré de dépendance ?

L’équipe franco-américaine menée par Hugo Bert (Université Claude Bernard Lyon 1) a choisi de scruter les traces laissées par le métabolisme dans les os des bébés Maiasaura. En analysant des coupes fines de fémurs fossilisés, les chercheurs ont mesuré deux paramètres essentiels : la surface relative des ostéons primaires (petites structures osseuses liées à la croissance rapide) et la taille des foramens nourriciers (ouvertures par où passaient les vaisseaux sanguins).

Ces deux indicateurs permettent d’estimer le métabolisme de repos (RMR) et le métabolisme maximal (MMR) des jeunes dinosaures, c’est-à-dire la quantité d’oxygène consommée par l’organisme au repos et lors d’une activité intense. En combinant ces valeurs, on obtient ce que les biologistes appellent le « scope aérobie » (ΔMR), un indice qui reflète indirectement les capacités motrices des nouveau-nés et donc leur degré d’autonomie.

Résultat : les bébés Maiasaura présentent un ΔMR comparable à celui des oisillons nidicoles actuels, comme les passereaux. « Ces dinosaures avaient un métabolisme actif, proche de celui des oiseaux ou des mammifères, mais leurs jeunes restaient incapables de se nourrir seuls et dépendaient de leurs parents pour survivre », explique Hugo Bert.

Une dépendance prolongée dans le nid, jusqu’à 75 jours

En s’appuyant sur la croissance osseuse observée et sur des fossiles de différentes tailles, les chercheurs ont également pu estimer la durée de cette phase de dépendance. Les jeunes Maiasaura restaient ainsi entre 40 et 75 jours dans le nid, une période bien plus longue que celle des passereaux mais comparable à celle des grands rapaces modernes. « C’est la première fois qu’on arrive à quantifier de manière aussi précise la durée des soins parentaux chez un dinosaure non avien », souligne Hugo Bert.

Cette stratégie d’altricialité, où les petits dépendent entièrement des parents après la naissance, contraste avec celle d’autres hadrosauridés comme Hypacrosaurus, dont les jeunes étaient probablement plus précoces et autonomes dès l’éclosion. Ces différences de stratégies reproductives au sein d’une même famille de dinosaures pourraient expliquer en partie leur succès évolutif et leur capacité à coloniser des environnements variés.

Pour les paléontologues, cette étude marque une étape importante : elle démontre que des méthodes de paléophysiologie quantitative, basées sur la micro-anatomie osseuse, peuvent révéler des comportements complexes comme le soin parental, autrefois difficilement accessibles via le seul registre fossile.

Les résultats de cette recherche sont publiés dans la revue Scientific Reports.

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