Dans le Wyoming, un vieux dinosaure bouleverse leur histoire

dino gabriel ugueto

Publié le 14/01/2025

L’émergence des dinosaures et leur répartition à travers la planète, il y a plus de 200 millions d’années, reste un sujet fascinant et controversé en paléontologie. Jusqu’à présent, la vision dominante soutenait que ces reptiles étaient apparus dans l’hémisphère sud, sur la portion du supercontinent Pangée appelée Gondwana, avant de migrer vers le nord, en Laurasie. Toutefois, une nouvelle étude bouleverse cette hypothèse. Des paléontologues de l’université du Wisconsin à Madison ont mis au jour les restes fossilisés d’un dinosaure en 2013 dans l’actuel Wyoming, apportant des preuves que ces créatures étaient présentes dans l’hémisphère nord bien plus tôt qu’on ne le pensait.

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David Lovelace enlevant les sédiments autour d’un fossile alors qu’il travaille dans la salle de préparation des spécimens du musée dans le Weeks Hall de l’Université du Wisconsin-Madison le 3 juin 2024. Crédit : Jeff Miller/UW–Madison.

La découverte concerne une espèce baptisée Ahvaytum bahndooiveche, identifiée comme le plus ancien dinosaure connu de Laurasia. Les fossiles, datés d’environ 230 millions d’années, sont contemporains des premiers dinosaures de Gondwana. Les résultats, publiés le 8 janvier 2025 dans la revue Zoological Journal of the Linnean Society, marquent une étape importante dans la compréhension des débuts de l’évolution des dinosaures.


Un petit dinosaure du Trias méridional

Le fossile de Ahvaytum bahndooiveche a été exhumé dans la formation de Popo Agie, une strate rocheuse qui s’est formée à proximité de l’équateur il y a 230 millions d’années. Bien que les chercheurs n’aient pas retrouvé un spécimen complet — une situation courante pour les dinosaures primitifs — les os de ses membres inférieurs ont suffi à le classifier comme un dinosaure, probablement un parent très ancien des sauropodes. Ces derniers regroupent des espèces herbivores célèbres pour leur taille gigantesque, comme les titanosaures. Mais Ahvaytum bahndooiveche était bien plus modeste : mesurant environ un mètre de long de l

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Le site où a été découvert ce nouveau dinosaure. Crédit : David M. Lovelace.

Malgré son lien évolutif avec des dinosaures herbivores, Ahvaytum bahndooiveche était vraisemblablement omnivore, comme le suggèrent les habitudes alimentaires des autres dinosaures primitifs de la lignée des sauropodes. Sa présence dans cette région de Laurasia coïncide avec le Carnien, un épisode climatique pluvial marqué par des pluies abondantes ayant transformé des déserts arides en habitats propices à une diversité biologique accrue. Cette période a joué un rôle crucial dans la diversification des premiers dinosaures, en leur fournissant un environnement plus hospitalier pour évoluer et se disperser.

Les analyses radioisotopiques précises des roches contenant les fossiles ont confirmé l’ancienneté de Ahvaytum. De plus, des empreintes de dinosaures ou de leurs cousins immédiats, retrouvées dans des roches légèrement plus anciennes, suggèrent que les dinosaures étaient déjà présents dans cette région avant l’apparition de cette espèce.


Une collaboration inédite avec les peuples autochtones

Outre son intérêt scientifique, cette découverte est notable pour la collaboration étroite entre les chercheurs et la tribu amérindienne des Shoshones de l’Est, sur les terres ancestrales desquelles les fossiles ont été trouvés. Le nom de Ahvaytum bahndooiveche signifie « dinosaure d’il y a longtemps » en langue shoshone. Ce processus de dénomination a impliqué des élèves du collège de Fort Washakie et des érudits tribaux, offrant un exemple inspirant d’intégration des savoirs autochtones dans la recherche scientifique.

Amanda LeClair-Diaz, éducatrice et membre des tribus shoshone orientale et arapaho du nord, souligne l’importance de cette collaboration : « Le travail accompli avec le Dr Lovelace brise le cycle des recherches à sens unique en créant une opportunité de réciprocité. » Cette approche, qui intègre des perspectives culturelles et une reconnaissance des territoires, pourrait servir de modèle pour les futures recherches menées sur des terres autochtone

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